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dimanche 5 novembre 2017

Vide et plénitude

On oppose souvent vide et plénitude.
Mais le vide est plénitude.
Vide de vaines paroles,
plein de Verbe.
Vide de peurs,
plein de foi.
Vide de soi,
plein du Soi.
Vide d'illusions,
plein de réalité.


Plus concrètement, le vide désigne le silence intérieur, une sorte de sensation 
de transparence, de pure, d'extrême sensibilité, d'écoute
de ce qui se dit dans ce silence.
La plénitude, c'est justement "ce qui se dit" dans ce silence,
le désir, l'élan, l'énergie, comme un courant... 
on pourrait multiplier les métaphores à l'infini.
Entre les deux, une relation dynamique. Ils se complètent, d'appellent
et s'approfondissent mutuellement.
En contexte shaïva, on parlera de la relation entre
Shiva et Shakti, ainsi qu'avec l'individu (anu en sanskrit).
Le vide est ressenti comme énergie,
l'énergie s'affine,
de plus en plus diaphane. 
Aussi, le silence prépare à la plénitude.
Ou plutôt, il la révèle,
comme une image apparaît
sur une plaque photographique,
ou comme un silence révèle un bruit.

Un moine le dit très bien :

Plénitude et pureté, tels sont les deux aspects de la grâce, et ils se retrouvent tout au long de sa croissance dans l'âme qu'elle anime d'une vie nouvelle, la comblant d'une paix, d'une joie toujours plus profonde, plus assurée, mais plus pure aussi, plus secrète, et qui suppose un dépouillement intérieur de plus en plus total. Tantôt, sans doute, l'action purifiante de la grâce semblera dominer, tantôt au contraire l'âme aura davantage conscience des richesses qu'elle reçoit, mais les deux ne se peuvent séparer : la grâce ne saurait se faire plus profonde sans devenir en même temps plus pure, plus parfaitement simple.

Dom George Lefèbvre, Prière pure et pureté du cœur

Vous pouvez lire l'ensemble de ce très beau texte
Avec, en plus, les annotations de Lilian Silburn,
qui a, semble-t-il, été profondément marquée
par ce passage, auquel elle fait sans doute écho
dans les premiers mots de son célèbre essai
sur la vie intérieure "Le vide, le rien, l'abîme" :

L'expérience spirituelle est bien plus une expérience de plénitude qu'une expérience de vide ; pourtant l'une n'est pas possible sans l'autre, la vie mystique étant constituée par une alternance ininterrompue de vides et de pleins s'approfondissant de concert.

dimanche 14 février 2016

Dans le rien divin, une nouvelle naissance



Le vide, l'immensité, le silence, sont le trône de la fontaine de vie, de l'amour plus fort que la mort. 
Le vide n'est pas un but en soi. En son vaste sein, quelque chose, un je-ne-sais-quoi, se met à couler, un nectar dont jamais nulle âme ne fût rassasiée, une vibration au centre de la poitrine :

"Et ainsi, [dans le vide], l'âme ne voit plus rien, ni en Dieu ni dans les créatures, vers quoi elle puisse ou doive tendre, ni aucune manière d'agir qui lui puisse être utile".

C'est le fameux "il n'y a rien à faire" des "éveillés" d'aujourd'hui, le non-agir du Tao, l'in-action chrétienne, qui veut tout simplement dire qu'on se laisser agir.
Soit. Mais à quoi bon, s'il ne reste rien ?
A ceci de bon, car ceci reste :

"Ce qui lui reste, c'est qu'au milieu de son obscurité elle sent au plus profond de soi-même, une vertu secrète qui l'attire sans pouvoir, savoir ni comprendre ce que c'est, et comment cela se fait : car il ne lui paraît rien du tout qui puisse tomber dans son entendement, ni que sa volonté puisse embrasser ou poursuivre, et encore qu'elle ressente bien l'opération de cette vertu qui la pénètre, elle ne peut pourtant y contribuer autrement qu'en la laissant faire et en se laissant (pour ainsi parler) dévorer à elle... C'est ce feu qui doit consommer toute la propre vie de l'âme, et lui en redonner une toute nouvelle.. qu'il la transforme enfin et la fasse semblable à Dieu, autant que la créature lui peut ressembler."

Maur, Théologie chrétienne et mystique, p. 86 

La vie intérieure, comme toute vie, est faite de morts et de renaissances.

Se tenir ferme en notre néant

Tout notre être est Dieu. Et donc, dans la conscience de cette dépendance totale,  il n'y a pas à se soucier des dons ou de leur a...