vendredi 22 janvier 2016

Comment la religion entrave l'intérieur

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Les religions se prétendent gardiennes des moyens de parvenir à l'accomplissement intérieur. Mais en réalité, elles sont un obstacle à cet accomplissement. 
Non seulement parce qu'elles sont corrompues par leur pouvoir, mais encore parce qu'elle cachent la vérité simple sous une multitude de rites et d'obligation qui sont censées assurer une forme de sécurité : "Purifiez-vous ! Préparez-vous ! Faites ! Pratiquez ! Obéissez ! Ne réfléchissez pas !" Tel est le message de tous les prêtres, de tous les gourous, lamas et autres bergers. Ils cherchent à effrayer leurs ouailles, plutôt que de les encourager à faire usage de leur liberté. Sous couvert de leur assurer la survie, ils les empêchent de grandir.
Le doigt, censé pointer vers la lune, la cache bien plutôt.
C'est ce que dit ici un moine Carme, mais mystique :

"Je ne puis m’empêcher de croire que toutes les grandes méthodes qu'on a inventée pour conduire à la dévotion, ne soient cause que si peu de personnes trouvent et cherchent Dieu purement et en vérité, ou bien c'est après un si long temps que la plus grande partie de la vie se passe à les apprendre ; et, après les avoir bien routinées, le plus souvent on voit ces pauvres âmes autant attachées à leur propre intérêt et au service de leurs appétits et passions, qu'elles aient jamais été."

Tout est dit. Parti à la recherche de Dieu, on revient avec un nouvel ego, spirituel ou religieux ou autre. On devient expert en yoga, en méditation, en tantra, en thérapie-ceci, thérapie-cela, on a fait de milliers de prosternations, récité des millions de mantras, visité tant de sanctuaires... Et l'on est d'autant plus attaché à soi, à ce faux Soi, à cette image de soi, qui ne vit que pour le regard des autres; C'est la religion. Comme dit Longchenpa, "une chaîne dorée entrave autant qu'une chaîne de fer".

Notre Carme poursuit :

"La raison, à mon avis, de leur défaut est qu'elles s'étudient plus à se rendre parfaites dans leurs artifices et méthodes qu'en Dieu et pour Dieu.... C'est ainsi que les hommes s'aveuglent dans la lumière, et qu'ils se bâtissent des cachots de servitude dans le palais de la vraie liberté, et s'attachant plus fortement à leur propre dévotion qu'à Dieu même, ils s'empêchent de parvenir à la jouissance par les mêmes moyens qui les y devraient conduire."

Maur de l'Enfant Jésus, Théologie chrétienne et mystique, p. 49

Alors détournons notre attention de ces prétendus moyens, tout "traditionnels" soient-ils, et retournons-là vers notre centre, simplement et sans fioriture. Non pour y trouver le bonheur, la paix ou autre chose, mais parce que c'est la vérité. Que le doigt accomplisse enfin sa fin !

dimanche 10 janvier 2016

Entre vide et plénitude

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Touché par la grâce, allant d'extases en extases, l'âme intérieure perd peu à peu des points de repère, jusqu'à un état de vide total, privé de tout appui. Mais en réalité, Dieu est l'appui; Cet état est simplement décrit comme "vide" par rapport aux états précédents. L'âme est alors comme un miroir immobile, comme un vitrail transparent :

"L'âme ne voit plus rien d'elle-même, elle ne voit rien de Dieu, elle ne peut plus agir, plus s'abandonner, plus vivre ni plus mourir ; elle ne conçoit ni ténèbres ni lumière, elle ne voit ni sortie ni entrée, elle ne peut ni désirer ni fuir, elle ne peut se plaire dans sa perte ni s'en attrister. Tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'elle est dans un désert infini, suspendue comme entre le ciel et la terre, sans avoir un seul cheveu sur quoi s'appuyer. Elle est sans foi, sans espérance et sans amour, ce lui semble, d'autant qu'elle ne peut réfléchir là-dessus, mais pourtant jamais elle n'aima si fortement ni si parfaitement... Si elle doit faire quelque chose, c'est se rendre attentive sans aucun sien effort et ne mettre aucun empêchement à ce que Dieu fait en elle, ni par de subtiles réflexions, ni par soupirs, ni par admirations, mais comme une eau très belle et claire qui est arrêtée, reçoit sans émotion ce que Dieu fait en elle."

Maur de l'Enfant-Jésus, Exposition des communications divines, p. 175

Cet état est l'état de silence ultime, juste avant la plénitude parfaite, car vides et plénitudes alternent et vont s'approfondissant l'un l'autre jusqu'à leur perfection.

Cet avant-dernier état est le dernier des "moyens". Là, on "ne peut bonnement donner aucun précepte, ni pour y arriver ni pour y demeurer...parce que la créature ne fait ici que suivre les actions de Dieu."

Et cet état de vide total est de durée indéterminée :
"C'est assez de dire qu'ici l'âme n'a plus rien, et dans les autres qu'elle a encore quelque chose. Pour la durée de cet état, elle est aussi longue qu'il plait à Dieu ; car il n'y a que lui qui puisse ressusciter l'âme de cette mort à la vie."

vendredi 8 janvier 2016

La science savoureuse

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La théologie mystique est "une secrète et très intime conversation de l'âme avec Dieu". Ici Dieu enseigne, alors que dans la théologie humaine, c'est l'homme qui essaie de connaître Dieu par ses propres efforts. 
Cette théologie du silence est une "science savoureuse". On laisse Dieu imprimer son image en nous, si bien que la seule action du pratiquant est de se laisser faire par Dieu.

"Cette théologie est une théologie du cœur, beaucoup plus que de l'entendement, plus dans l'expérience que dans la science, presque toute de Dieu et très peu de la créature : car c'est lui-même qui en est le maître et l'objet tout ensemble, et qui l'enseigne par l'application réelle de ses impressions dans le fond de l'âme, lesquelles servent de principes à cette toute divine théologie, et se répandent du centre dans la circonférence des puissances, pour les émouvoir à agir tout divinement et à recouler sans cesse vers la source qui les a remplies."

Martial d'Etampes, Entrée à la divine sagesse, 1651, p. 32

Le "centre des puissances", c'est le cœur ou volonté, c'est-à-dire la faculté d'aimer. Le coeur est le point de contact entre le "je" et Dieu, voir Dieu lui-même. En tous les cas, c'est de là que commence la transformation qui va ensuite toucher les autres facultés, l'entendement, la mémoire, puis les cinq sens. On sent ainsi comme une fontaine d'amour qui s'écoule du centre de soi, qui envahit tout l'être, et qui le pousse à aimer en retour, de plus en plus, ce qui se donne ainsi gratuitement dans le silence. On goûte d'abord, on connait ensuite.

mardi 29 décembre 2015

Comment recontrer Dieu ?



Comment s'unir à Dieu et se laisser guider par lui ?
Madame Guyon, répond ici en quelques vers, en reprenant une célèbre définition de Dieu que l'on trouve, à l'origine, dans le Livre des XXIV philosophes, puis passée par divers auteurs jusqu'à Pascal. Où l'on voit que ceux qui prêchaient l'oubli de tout et l'abandon dans l'instant présent n'en avaient pas moins une vaste culture et un goût pour les lettres et les choses bien dites :

"Immense Dieu, grande Nature,
Qu'afin de pouvoir rencontrer
Il ne faut ni sortir ni entrer
Au sein d'aucune créature,
Qui est de soi, qui chez soi vit,
Qu'un épais brouillard nous ravit,
Être d'une immuable essence,
Cercle sans principe et sans bout,
Qui n'a point de circonférence,
Son centre se trouvant partout."

Extrait d'une lettre au baron de Metternich, vers 1710

mardi 22 décembre 2015

L'exercice du silence

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Cet exercice de silence se doit faire à l'exemple de celui de Dieu, qui n'a qu'une seule parole bien simple, spirituelle et sans bruit...

Cela se fait par une seule et simple vue ou souvenir de Dieu, qui tombe doucement dans le fond de l'esprit, et de l'esprit, encore plus doucement et plus amoureusement en Dieu, et ce avec une vive foi et une douceur indicible.

Attachez-vous y donc sans étude, et vous efforcez sans force, de faire cette heureuse chute de votre souvenir en Dieu le plus souvent, paisiblement, simplement, amoureusement, gaiement et librement qu'il vous sera possible, sans aucun bandement d'esprit, ne regardant pas cet exercice comme une tâche qu'il vous faut faire, mais comme une récréation sainte et libre, et dont la discontinuation vous est indifférente, quoique involontaire, faisant tout votre possible pour la continuer sans empressement ni attache, laissant à Dieu de vous conduire pour aller et venir comme il Lui plaira.

Martial d'Etampes, L'Exercice du silence, 1639

La prière infuse

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La prière n'est pas une vulgaire vibration sonore qui irait invoquer tel ou tel ange, n'en déplaise. 
La prière est un acte de conscience de soi, une reconnaissance de Dieu en soi. 
La prière n'est pas une suite de syllabes ou de sons, mais une plongée en soi. 
La prière ne peut être énoncé avec la bouche, elle s'énonce de lui-même à l'orée de chacun de nos gestes, de nos paroles, de nos respirations. 
Nul ne peut la faire taire, mais chacun peut la reconnaître, se mettre à son écoute, se couler dans son flot.
Elle est "je suis", "je suis celui qui est", "je suis l'être", mais sans ces mots.
Elle est le Nom que nul ne peut dire sans mourir et renaître.
Quel est son fruit ? Tout.

Comme dit l'aveugle de Marseille :

"Quand l'âme contemplative, élevée par un mouvement de la grâce, se représente Dieu en lui-même, sans aucune notion expresse ou distincte, elle dit ce souverain nom ["je suis"] sans le dire, d'autant qu'elle entend regarder Dieu parfait, infini et séparé de toute image créée, ce qui ne peut se faire que par cette notion universelle de l'Être des êtres."

Mais n'est-ce pas un peu sec, froid ? Non car :

"En peu de temps ce n'est plus une notion [=une connaissance] mais un goût [=un ressenti], ni une pensée mais une expérience, ni un terme significatif mais un sentiment assouvissant, une lumière vivifiante et une connaissance toute effective et affective - et non pas sèche et scholastique, comme beaucoup de gens se la figurent."

Françoais Malaval, La belle ténèbre, 1670, p. 178

lundi 21 décembre 2015

Dieu au-delà de l'être

Clouds, light rays.

"Dites-moi, mon Époux,
ai-je mal parlé et mal pensé
quand je vous ai montré et fait comprendre
que je ne dois pas échapper à cette situation
de ne rien pouvoir exprimer de votre amour ?

En effet, la jouissance et la possession
que nous y prenons l'un et l'autre sont au-delà de toute explication,
car cela se passe en une vision et un repos
infiniment indicibles.
Elles ne peuvent être exprimées
par quelques idées représentatives,
élaborées ou infuses,
qui ne pourraient être qu'à une infinie distance
de ce qu'est notre union.

A quoi sert-il d'exprimer les choses-qui-sont
par les choses-qui-ne-sont-pas,
ou, pareillement, d'exprimer celles qui-ne-sont-pas
par celles-qui-sont ?

Car, dites-moi, ma Vie et mon Amour,
où est la vérité de tout ce qui se rapporte
à l'Objet qui me ravit de lui et en lui,
dans la plénitude de ce qu'il est,
plénitude dont je me sens déborder
plus abondamment qu'on ne peut le penser ?

Où est-elle cette vérité,
sinon en vous, qui êtes au-delà de l'être,
en l'éminence de l'être et en l'éminence du non-être,
en l'être et au-delà de l'être,
connu pa la voie de la suréminente négation."

Jean de Saint-Samson, Epithalame, 15

Se tenir ferme en notre néant

Tout notre être est Dieu. Et donc, dans la conscience de cette dépendance totale,  il n'y a pas à se soucier des dons ou de leur a...